Trio show autour de la peinture d’Emmanuel Alloy, avec Annick Mischler et Nicolas Gagnaire.
Exposition du 11 septembre au 17 Octobre, vernissage le jeudi 10 septembre 18H-21h.

La rentrée est là, à présent. Après un été de fin du monde. Dans un contexte où, plus que jamais, se pose la question du sens de nos choix. Comme souvent dans ces cas-là, les petites choses deviennent une priorité absolue. La respiration, la joie de vivre, ce qu’on admire, qu’on ressent, qu’on éprouve ou que l’on désire – cet essentiel, caché dans les interstices du réel.
Depuis un moment déjà, lassée des constats sans fin de l’éternel “retour de la peinture figurative”, je suis convaincue que l’art abstrait reprend de l’importance dans la peinture d’aujourd’hui. Que ce soit en fond, ou en sujet principal. Que l’écriture en tant que telle, le langage du corps et de l’esprit sur la toile, reprennent une importance vitale, oubliée depuis des années. Comme expression artistique de ces “petites choses” vitales, de ces quelques traces que nous imprimons dans la vie, auxquelles nous nous raccrochons.
Souvent associée au sentiment de la nature, ou au signe, aux mots, aux ébauches de représentantion de la figure, l’abstrait revient, après des années d’hyperréalisme, de créations d’images parfaites. Le trop-plein cède à la volonté d’épure, à la gestuelle humaine, au contact râpeux et âpre de nos vies contraintes.
Et c’est une satisfaction, ce moins, cette simplification des formes. Ce nouvel abstrait est le contraire du lisse, du désincarné, ou de la tour d’ivoire d’une vie imaginaire. Il est un témoignage à vif de notre volonté d’être là, absolument.
Emmanuel Alloy illustre parfaitement cette volonté de griffer, malaxer, gratter la surface de la vie, des témoignages, des legs. Et de la toile. Ses portraits abstraits sont des entailles. Des coups de canif dans les murs, des cicatrices sur la peau. Il paraît que la forme, c’est le fond qui remonte la surface; Emmanuel Alloy a décidé que la surface devait être abrasée pour que la forme épurée livre sa vérité la plus ténue, ce fil qui relie les hommes entre eux. On ne comprend pas, ce n’est pas grave, on sent, on se forme, on écoute, plus qu’on voit. Presque.





Nicolas Gagnaire figurait déjà dans l’exposition “Abstraits mais pas trop” en décembre 2025. Il est assez inhabituel de réintégrer un artiste aussi rapidement dans la programmation, mais son talent et son modus operandi le justifient. Au contraire d’Emmanuel Alloy qui procède comme par abrasion, Nicolas Gagnaire brouille les pistes par adjonction. Souvent, le premier jet joyeux et vif change radicalement par un surcroît de matière, de couleurs, de signes. Paradoxalement le support lui-même présente souvent des manques. La peinture d’Emmanuel Alloy cherche derrière la surface, celle de Nicolas Gagnaire, au contraire, s’élabore en sortant d’elle-même par couches successives, et la surface semble vouloir échapper au support. Elle est un concentré, incroyablement explosif. Une peinture qui sera célébrée en fin d’année à Saint-Etienne dans un solo show organisé par la ville en décembre.





Annick Mischler revient sur les murs de la galerie après une trop longue absence. Présentée en majesté lors de l’édition 2024 du Start, elle figure parmi les artistes les plus fidèles de la galerie. Procédant par série, sur toile ou sur papier, elle reprend actuellement le fil de ses créations abstraites dans lesquelles les mots ou les références littéraires, philosophiques et mythologiques sont un substrat constant. Partant notamment de références antiques, elle élabore un discours graphique en expansion; comme si elle contenait ou dressait la matière et la couleur, dans des lignes dansantes, puissantes, en recherche d’absolu. Sa peinture abstraite est un concentré de convictions réhaussant, souvent, la place des femmes, et semblant dresser des temples nouveaux à des idées immémoriales mais oubliées. La peinture d’Annick Mischler tient du rituel.




Trois artistes dont l’oeuvre exigeante formera un trio de rentrée parfait. Emmanuel Alloy, distingué par un prix de peinture de la fondation Taylor en 2026, sera exposé du 1er au 24 octobre 2026 dans les murs de la Fondation. A vous de poursuivre la visite… avec sa sculpture.
https://www.taylor.fr/expositions/2026/les-laureats-des-grands-prix-2025 : si vous voulez en savoir plus sur le prix de peinture de la Fondation Taylor reçu par Emmanuel Alloy en 2025 et sur l’exposition de sa sculpture à l’automne.




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