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Benoît MANENT – Annick MISCHLER

ou le jardin des discrets, du 25 juin au 23 juillet 2022. Vernissage le samedi 25 juin de 15h à 20h

Ils ont tous les deux le même charme. Celui des discrets, de ceux qui regardent le monde du côté lumineux, qui développent leur univers calmement mais fermement, avec constance et profondeur. Et qui, pour autant, respectent et admirent celui des autres.

Je défends le travail d’Annick Mischler, son inventivité et ses explorations par séries successives, aux techniques variables, mais à la « patte » si singulière et reconnaissable, depuis près de 20 ans. Certains ont certainement vu ses « Serres » et ses « Cabanes », que j’avais exposées chez ma consœur Isabelle Lefort.

Je connais Benoît Manent depuis 2 ans, mais je suis entrée immédiatement dans son monde. C’est facile : il est réellement contemporain. Je veux dire par là que les habitants de ses toiles, vous les connaissez, vous les croisez dans la rue, ils sont réellement d’aujourd’hui. Dans leur mise, leurs attitudes, leurs origines, ils sont là, présents, au présent.

Ils sont vivants ; et en ce moment dans la peinture de Benoît Manent, ils sont dans les jardins, dans les parcs publics le plus souvent, et il les étudie comme d’autres font de l’ornithologie.

L’étrange espèce que nous sommes a besoin de retourner dans les improbables morceaux de nature urbaine qui souvent sont notre seule respiration. Nous savons que ce n’est pas vrai, que le jardin d’Eden est bien éloigné, mais immédiatement on se sent plus libres dans ces impossibles jardins. Telle vieille dame semble vouloir s’envoler. Tel enfant retrouve spontanément, immédiatement, le réflexe immémorial qu’ont les petits de jeter un caillou dans l’eau. Les amoureux se donnent rendez-vous et les ados traînent leur ennui, mais avec moins de nonchalance étudiée. On ne peut pas bluffer les arbres…

Benoît Manent connait les gens de peu, les gens « normaux », les gens, quoi. Il les peint avec bienveillance, par petites touches, en respectant une juste distance avec leur intimité, qu’il met pourtant à nu. On a envie de les saluer. Et puis on est happés par la couleur du peintre, qui chatoie et s’épanouit, au fur et à mesure que le regard s’éveille, et ses personnages deviennent simple motif, prétexte à la couleur et à l’émerveillement, et parfois, l’air de rien, le personnage disparaît. La vibration des couleurs prend le pas, un peu comme on se laisse aller, au cours d’une promenade en forêt, à rêvasser sur le chemin, en apercevant seulement du coin de l’œil la lumière qui joue dans les feuilles.

voyage dans l’atelier de Benoît Manent, printemps 2022

Annick Mischler a repris ses pinceaux. Après plusieurs années de recherches sur papier, elle réinvestit l’espace de la toile, comme on se promène dans un jardin bien connu. On y fait des cueillettes, on y flâne, on y découvre des maisons, là-bas, dans la couleur, comme émerge un poème, une idée, un amour.
Dans un rose vibrant, un vert acidulé, qui laissent transparaître des formes encore peu lisibles. Les jardins intérieurs sont les plus fascinants, bien sûr, et jamais ils ne livrent tous leurs secrets, par définition. Nous n’en aurons qu’un flash, un reflet, saturé de luminosité, comme flottant au-dessus du réel. Ni tout à fait là, ni tout à fait ailleurs, comme si l’espace de la couleur et du trait créait une autre dimension. L’évasion, encore.

Avec, en contrepoint, cette lancinante question : comment, aujourd’hui, alors que nous avons perdu toute innocence, vivre de façon digne et respectueuse dans le monde ? La morale du comportement passe, nous suggère Annick Mischler, par le chemin retrouvé de l’émerveillement : une sorte de fraîcheur du regard à reconstruire.

Cabanes et Cueillettes d’Annick Mischler, détails


Benoît Manent est né à Gap en 1970, il vit et travaille en région parisienne.
En 1995 il est diplômé en arts plastiques à la Sorbonne, et obtient en 1996 son agrégation. Il devient professeur de collège. En parallèle il travaille (beaucoup), en général sur le principe de la déclinaison d’une idée, avec une logique sérielle. Il obtient le soutien régulier des institutions. Il multiplie les expositions personnelles dans les centres d’art : en 2021 au Musée départemental des Hautes Alpes, en 2018 au Conservatoire des Arts à Montigny-le-Bretonneux, en 2016 à l’American University of Paris Fine Arts Gallery, en 2008 au Centre culturel François Mitterrand à Beauvais, pour ne citer qu’eux. Il participe dès 2001 au salon de la jeune création à la Villette, puis en 2008 au Salon de Montrouge. Il a été notamment soutenu par la Galerie Elisabeth Couturier (Lyon).

www.benoitmanent.com

Annick Mischler, née en 1978 à Strasbourg, où elle vit et travaille. Formée aux Arts Décoratifs de Strasbourg, elle expose régulièrement depuis 2004. Cécile Dufay l’a présentée en tant que galeriste depuis 2008, et ensuite en tant que curatrice à la Galerie Mondapart en 2019 et 2020, sur invitation d’Isabelle Lefort. En 2020, Annick Mischler expose au Siège de la Région Grand Est; en collectif, sur les talents de l’art contemporain.  En 2022, elle présente son travail au Mans, pour la 28° édition du Puls’art, piloté par Lucien Ruimy, fondateur de la FIAA.

www.annickmischler.art

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Hamid Fakhoury ou le rappel au Sacré

Le sculpteur, dont les colosses d’argile ou de bronze patiné ornent la galerie depuis le début de l’année, verra son travail mis en lumière au sein de l’exposition MANENT / MISCHLER, du 25 juin au 23 juillet 2022


Vernissage le 25 juin de 15h à 20h

Hamid Fakhoury est un mystère. Son profil instagram le proclame d’emblée :

« Point de glose ni de verbiages, moins de palabres, séchez vos larmes. Savourez le silence. Le ciel est à tout le monde ».

Hamid Fakhoury

Impossible d’obtenir de lui un C.V., ce serait l’enfermer, le réduire, le contraindre. Quand il cherche au contraire à brouiller les frontières, les limites, à dépasser les interdits. Musulman pratiquant, il a étudié dans la théologie la manière de pratiquer un art de la représentation humaine qui soit hallal. Il l’affirme, ses têtes sont exemptes de péché. Peut-être parce qu’il s’agit du premier homme avant la chute, de la première femme, aussi ?

Ses têtes sont brutes, en terre crue, parfois vernissées. Parfois peintes, ou coulées en bronze. A la fonderie Coubertin, l’une des meilleures aujourd’hui.

Il modèle exclusivement avec ses doigts, et malgré leur apparence colossale, ses têtes, à la limite du brutalisme, tiennent toutes dans ses (grandes) mains. Ce sont des Adam, des Eve, au-delà de la morale, tout juste tirés de la terre, dans un hommage au Dieu créateur qui nous modela d’argile. Elles inspirent la force, l’assurance et la dignité. Une forme de stabilité un peu anxieuse, comme si la densité de leur être leur était méconnue.

Leur modelé évoque Bourdelle, parenté dont l’artiste se réjouit, car il admire ce grand maître de la sculpture monumentale. Ses modèles sont le plus souvent de type Africain, plus rarement Asiatiques. Un type humain peu fréquent dans la statuaire, et souvent choisi pour son « exotisme » dans la période coloniale.

Hamid Fakhoury n’introduit aucune distance esthétisante ou narrative. Il entre en profondeur dans son sujet, l’essence de l’homme. Une créature, l’œuvre d’art de Dieu. Les traits sont esquissés, mais chacun a un caractère, une expression propre, et très appuyée. Il s’inspire de rencontres réelles, de ce qu’il sent de ce qui se dégage de nous, malgré nous. Peut-être est-il moins un sculpteur de tête qu’un sculpteur d’âmes. Après tout, il est aussi peintre abstrait, et dans ses peintures, on a l’impression de voir le ciel depuis l’espace : une planète bleue et blanche complexe et forte, mouvante et si simplement belle.

Toute son œuvre est une réflexion silencieuse sur le don de création qui nous rapproche du Créateur.

Hamid Fakhoury est né à Casablanca en 1965. Il vit et travaille à La Verrière, dans les Yvelines. Mannequin pour des marques de haute couture dans les années 80, ce que lui permettait sa haute taille, sa prestance et son élégance, il fraye parmi les gens du monde. Pierre et Gilles feront son portrait en 1985, dans la série des Naufragés. Il découvre la peinture dans les ateliers de Chari Goyeneche dans sa maison de quartier, avant de suivre des cours aux Beaux-Arts. Il travaille d’abord le dessin et l’aquarelle, avant de passer à la sculpture et la peinture. L’espace et le cosmos, la création et le créé sont sa source d’inspiration. Il a longtemps travaillé pour la Fondation Antoine de Saint-Exupéry pour la jeunesse, mais se consacre désormais totalement à son art. 

https://www.instagram.com/hamidfakhoury/

Hamid Fakhoury, peintre, un éclairage
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CAPRASSE – MONTOLIO, ou la Nature comme environnement fantastique

Exposition en duo du 14 mai au 18 juin 2022, vernissage le samedi 14 mai de 15h à 20h

Résultat de nos angoisses profondes de destruction de l’écosystème, la Nature, qui s’était longtemps éclipsée de l’art contemporain, revient en force. Paysages, plantes, forêts, arbres, nuages, montagnes, et même marines et fleurs, partout on voit refleurir le sujet du rapport au vivant dans les arts, et singulièrement en peinture.

Art Paris, le Centre Pompidou, et de multiples initiatives publiques et privées abondent dans cette recherche d’un lien retrouvé, voire militant. Les concours s’orientent dans cette direction « engagée », de l’art de commande. Eternel sujet que celui de la place des artistes dans les discours politico-sociaux d’une époque. Moi qui crois en l’art avec un grand A, je doute néanmoins qu’une toile sauve la planète, mais je suis sûre en revanche que nous avons un besoin éperdu de nous entourer d’une vision précieuse et forte d’artistes qui vivent le lien avec le paysage comme un besoin intime, et donnent une interprétation personnelle qui permet de nouveau de ressentir la continuité du vivant. Celle qui nous échappe et que nous tentons désespérément de rétablir par nos choix de consommation, de loisirs, professionnels ou bénévoles, avec le sentiment très noir que ce n’est plus vraiment possible.

Marie-Jeanne Caprasse et Clément Montolio sont de la trempe des peintres qui vous font voir le paysage avec leurs yeux. Ou plutôt, leur imaginaire, leurs couleurs, leur touche, bref leur univers. Vous ressentez la vibration de leur peinture comme on plonge dans le rêve, suspendus à la frontière du réel et de l’irréel. Car tous les deux à leur manière, et ce depuis des années, font de la Nature le refuge du fantastique. Pas du légendaire, paysages habités de présences étranges et romantiques. Non. Pas du surréalisme, qui réinventerait l’environnement en le transformant en sujet, en exercice. Mais en rappelant à chacun, via une accélération de la perception, très légèrement déformée chez Montolio, furieusement organique chez Caprasse, que la Nature EST fantastique… Par nature. Qu’elle est foncièrement teintée d’étrangeté. Qu’elle trouve dans sa beauté et ses lois sa propre substance, évolutive, grandiose, mystérieuse. Et qu’on peut, comme Montolio, en être saisi, comme une vision paradisiaque teintée d’un léger spleen, comme l’écho solitaire de nos rêves de liberté. Ou qu’on peut être aimantés comme chez Caprasse, tout à coup incapables d’établir une frontière entre ce monde et nous. La profusion de couleurs et de motifs semble faire croître les éléments de sa toile comme des êtres vivants et évolutifs, vibrionnant d’énergie organique, sensuelle, fascinante.

La vie est magique, et nous survivra, le paradis est sur terre, il est là à portée de mains, de pieds, et de regard. L’émerveillement des enfants est une sagesse. La peinture de Caprasse et Montolio ramène à ce degré d’humilité, avec une maîtrise cultivée et une distance intelligente. La nature n’est ni extérieure ni un sujet, elle est en nous, nous sommes la nature, et notre vision peut nous permettre de retrouver le lien imaginaire brisé. Car nul rafting, nul bain de soleil, nul manifeste ne pourra recréer ce lien intime qui nous fait exister non pas dans la nature, ou pour la Nature, mais la fait vivre en nous.

Marie-Jeanne Caprasse est née en 1972 à Liège, en Belgique, elle vit et travaille en région parisienne. Formée par l’Ecole supérieure des Arts de Saint-Luc à Liège, elle a également étudié l’anthropologie culturelle. Elle expose depuis 2007, en France, en Belgique et en Suisse.

Sa démarche, inspirée de la théorie de la relativité d’Einstein, provoque des visions d’espaces mouvants, vibratoires, qui changent comme une mer en perpétuel mouvement, même s’ils sont statiques. Ses personnages sont des paysages, et l’inverse est vrai. Elle travaille par séries successives, qu’elle explore longuement.

http://www.caprasse.eu

« Dans ces mondes labiles, la fluidité de la texture, la mollesse des milieux et la luminosité chromatique dynamisent des scènes pourtant immobiles, opposant l’intensité de leur facture à l’indifférence des personnages et à la quiétude des décors. »

Florian Gaité, critique d’art et philosophe

https://www.instagram.com/caprassemariejeanne/

Clément Montolio est né en 1949 à Lyon, où il vit et travaille. Il expose depuis 1986, essentiellement en France et en Espagne, et bénéficie du soutien des Galeries Françoise Besson à Lyon et Bertrand Gillig à Strasbourg.

http://www.clementmontolio.fr

« S’il y a bien quelque chose qui caractérise ses tableaux, c’est la manière si vivante et directe avec laquelle ceux-ci rentrent en communion avec qui les contemple. Sans obstacle mental. Allant directement à la sensation et au sentiment. (…) Ainsi donc, il s’agit de sentir avant d’interpréter. Dès lors, une fois le chemin dégagé, se produit l’échange magique entre l’œuvre et le spectateur, finalité ultime de toute manifestation artistique.»

in « Clément Montolio : le paysage comme énigme intérieure », José-Miguel Vilar Bou, catalogue de la rétrospective organisée par le Museo del Ruso, Espagne, en 2015.

https://www.instagram.com/clementmontolio/

La galerie sera présente au salon DDessin Paris, 40 rue de Richelieu, le Molière, salon Montpensier

19 mai, vernissage à partir de 18h / les 20 et 21 mai de 11h à 20h et le 22 mai de 11h à 19h

Un an jour pour jour après son inauguration « officielle » via le vernissage de l’exposition Isabel Duperray, la galerie participe au très intimiste salon créé par Eve de Medeiros il y a 10 années. Un salon sélectif regroupant une douzaine de galeries, à deux pas du salon du Dessin, derrière le Palais Royal. Ce salon procède de la même logique que la galerie, privilégiant les échanges approfondis et les rencontres de qualité dans un cadre calme et très parisien, qui les favorise.

Pour cette édition, Cécile Dufay a choisi d’offrir un panorama assez large de techniques et de personnalités d’artistes. Clément Montolio et Marie-Jeanne Caprasse, en ce moment sur les murs, seront présents. Ainsi que Guillaine Querrien, Murielle Maudet, Alexandru Lazar, Albertine Trichon, et Makoto Muranaka, exposé il y a peu à la galerie, et qui prépare en parallèle une exposition d’une soixantaine de dessins à Washington.

C’est à un voyage entre abstrait et figuratif, au crayon, au stabilo, à l’acrylique, en collage ou en peinture, à la gouache, au pastel et à l’encre, en très petit ou très grand format que vous convie Cécile Dufay. Huit pièces d’une exceptionnelle tenue, dans un ensemble poétique et fort. Ci-dessous, un aperçu : pour voir les oeuvres en entier, il vous faudra venir !

Envoi de codes d’accès possible sur demande pour accéder au salon : attention pré-inscription obligatoire sur internet…

DDESSINPARIS – Artistes 2022

Anne Guillotel ou la peinture chamane

9 toiles récentes pour célébrer la force vitale de la peinture … et rendre hommage à la puissance de l’alliance des cultures

Exposition du 19 mars au 23 avril, vernissage le samedi 19 mars de 15h à 19h

Vivacité et puissance.

Voici ce qui se dégage immédiatement des toiles d’Anne Guillotel. Un geste sûr, pur, énergique, trace les volumes dans la couleur, un peu comme un sculpteur travaillerait au couteau. La couleur fuse, exulte, s’affirme en profusion, dans un mouvement d’aller-retour hypnotique qui semble vouloir nous attraper par le col pour nous forcer à entrer profondément dans la toile, à découvrir ses mystères comme on entre dans un tunnel plein de promesses, avec une pincée d’appréhension.

Comment éprouver encore la peinture, après toutes les explorations, toutes les variations, toutes les dissections même dont elle a fait l’objet ? Anne Guillotel propose un chemin d’abandon aux signes, une magie faite d’un appel aux sens, presque primal, doublé de références discrètes à l’histoire de la peinture, que nous portons en nous comme un legs précieux.

Face à cette série de toiles, bien sûr, on pense à Gauguin, au Douanier Rousseau, ces peintres qui eux aussi voulaient retrouver la force brute, qu’on éprouve dans son corps, de la peinture. Ces peintres qui célébraient l’ailleurs, le déracinement et le retour aux invariants humains, leur naturel sauvage et beau. Ces peintres qui retrouvaient, in fine, la force primaire et magique du medium : la force chamanique de la peinture.

Le primitivisme comme le néo expressionisme font partie des références revendiquées d’Anne Guillotel. Ayant vécu plusieurs années en Allemagne, elle cite volontiers Baselitz ou Lüpertz comme des influences majeures. Des artistes qui explorent l’histoire des formes pour les réinterpréter, avec une virulence sans filtre.

Anne Guillotel a entrepris il y a plusieurs années de rendre visible la beauté du dialogue général des cultures dans nos sociétés. De célébrer la liberté avec laquelle les symboles et les mythes s’entremêlent, se reconstruisent, s’allient et se modifient dans une forme nouvelle de création universelle. Elle nous invite à l’optimisme et à la curiosité, à ouvrir de nouveau un regard positif sur les changements entrepris. L’énergie contenue dans ses toiles, cette compréhension non verbale et instinctive, et au final cette joie, rappellent qu’à chaque instant nous avons la liberté de réinventer notre être au monde et notre imaginaire. En puisant dans les trésors du passé, des autres cultures, de la nôtre, en osant les mélanges, en retrouvant le désir et l’envie de peindre le monde à nos couleurs.

A l’heure où le dialogue constructif semble sérieusement menacé, où l’on voudrait nous faire croire que chacun doit rester dans son monde, si possible figé, au profit d’une réalité brutale et triste, la peinture d’Anne Guillotel est comme un éclat de rire cristallin jeté avec le sourire à la face des Cassandre.

Je ne voyais pas de meilleure célébration du printemps.

Anne Guillotel est née en 1963, elle vit et travaille dans la région de Fontainebleau. Formée à la faculté d’arts plastiques de Paris, et à l’Université de Hambourg en histoire de l’art, elle expose régulièrement en France et à l’étranger. Elle a participé 2 fois au Salon de Montrouge et a été présentée à la biennale de Malte. Elle collabore avec la Galerie Cécile Dufay depuis l’an dernier, qui l’a présentée à l’AAF Bruxelles.

biographie | anne guillotel

Anne Guillotel (@anneguillotel) • Photos et vidéos Instagram

« Pour AT THE EDGE OF THE WILD LAND, il y a la nécessité de retrouver le mouvement et la vie, et comme dans LES AMES FORTES, il s’agit aussi de faire face au spectateur, directement.

Et toujours bien sûr, je poursuis le travail de la couleur dont j’aime jouer des contrastes, de la composition, du geste et des manières de peindre… pour faire entendre la peinture, à moi (je suis la première spectatrice) et aux autres.« 

Anne Guillotel, février 2022

Catalogue pdf disponible sur simple demande.

Makoto MURANAKA + Véronique LAFONT, ou le quotidien libéré

Allier un dessinateur japonais et une peintre abstraite française dans une exposition qui vibre de couleurs, lumineuse et gaie, avec cette pointe douce-amère, le sentiment d’un paradis enfoui. Mais quel paradis ?

Véronique Lafont ne revendique pas l’étiquette de peintre abstrait. Elle s’inspire des visions de la campagne bourguignonne, de ces jardins touffus où la vie entremêle ses racines, ses branches, sa force et ses couleurs, les reflets du ciel en un ensemble d’une richesse folle, pour qui sait s’attarder.

Depuis près de 20 ans que je la connais, elle cherche à consoler les malvoyants que nous sommes souvent, par inconscience de l’importance du temps. Elle prend un détail et nous offre ses méditations colorées, nous rappelant que seule la concentration sans jugement, la plongée dans l’espace libre du temps présent, peut accueillir la joie.

La série présentée en février se nomme « Nuancier » : des états intérieurs flottants, profonds, apaisants et joyeux. Des fenêtres poétiques en petit format, aux noms choisis : « Rose suranné », « Bleu nordique ». Précieux. Et doux comme des textiles soyeux.

Makoto Muranaka est un dessinateur japonais explosif. Artiste aux multiples talents né à Tokyo, il s’adonna d’abord au rock dans un groupe, « Mamma Gil », qui signifie « la soupe de maman » en japonais. Puis devint acteur pour la télévision et le théâtre. En 2008, il émigre en France, et se lance en cuisine. Il est aujourd’hui chef dans un restaurant connu du 15ème arrondissement.

A la faveur de la crise covid, désœuvré, il abandonne le piano des cuisines pour prendre les crayons. Et croque avec frénésie un faux quotidien libéré de ses entraves. Mélange à la fois épicé et épuré de formes légères, de couleurs en ébullition et de créatures humaines ou animales croquées comme par effraction dans une attitude d’abandon ou de surprise… Il livre des instants sans pensée et sans paroles et partant, sans lourdeur. Son regard ne traduit pas une réalité, il propose son image mentale qui interprète une scénette et qui, surtout, laisse un vaste champ libre à l’imagination du regardeur. Makoto Muranaka revendique la liberté d’exploration du dessin, qui, comme la vie, est en constant mouvement. Son idéal serait de produire à chaque fois un dessin vraiment différent.

Son style convient si bien à nos contemporains, dont la vie et l’imaginaire sont des compositions éclectiques et parcellaires… Il souligne avec le sourire nos attitudes mi perdues mi bravaches. Son regard d’acteur est perçant. Se dégage une impression d’ensemble qui relie ces instantanés dans un roman graphique, un journal en images. Son obsession ? Dessiner avec véracité, mais surtout sans réalisme.

Véronique Lafont et Makoto Muranaka vont relier la nature, le ciel, et le monde humain et animal en un ensemble fantasque, lumineux, quelques bulles de gaieté en février, ce mois mal aimé : bienvenue dans cette percée colorée de l’écrin du Village Suisse.  

Makoto Muranaka est né en 1974 à Tokyo. Il vit et travaille aujourd’hui à Paris. Remarqué au Japon, il est devenu en avril 2021 le collaborateur d’un web magazine connu, la Newsletter du Docteur Suidobashi. Il collabore également au web magazine Finders. Sa première exposition collective a eu lieu à Paris 11° à la Galerie Satellite, via l’association Modern Art Energy, qui valorise la scène japonaise en France. Une exposition de son travail est programmée en août 2022 à la Galerie Goto à Ginza, les « Champs Elysées » tokyoïtes. L’exposition à la Galerie Cécile Dufay est sa première exposition en duo.

Makoto Muranaka (@makoto913_) • Photos et vidéos Instagram

Véronique Lafont est née en 1969. Elle vit et peint en Bourgogne. Elle fut également sculptrice textile et publie régulièrement des livres d’art, en collaboration avec des auteurs et poètes, dont « Voleur de Feu, Méditations Pyrotechniques » sur un texte de Lionel-Edouard Martin, en 2019, et « Virée Slovaque » aux Editions Le Réalgar en 2020, avec le même auteur, qui vit et travaille en Martinique depuis une vingtaine d’années. Présentée par les galeries Amélie Maison d’Art et Garnier Delaporte, elle retrouve en entrant chez Galerie Cécile Dufay le chemin d’une collaboration ancienne entamée il y a 17 ans. Elle prépare également une exposition collective en Champagne à l’été 2022, sur l’actualité internationale de la peinture abstraite.

BIO – Véronique Lafont (veroniquelafont.com)

Sur nos ailes : Daphné Jardon, Stéphanie Thomasson et Delphine Courtois

Une sculptrice, une dessinatrice, une photographe, pour un envol lumineux et élégant vers 2022.

Exposition du 8 au 29 janvier 2022. Vernissage le samedi 8 janvier de 15h à 19h.

Au début (de la conception de cette exposition) était l’Ange de Daphné Jardon. Son humilité un peu cabossée, sa beauté discrète et un peu gênée d’elle-même. Un Ange qui s’éclaire de l’intérieur quand vient la nuit. Un ange né d’une expérience positive avec un pangolin.

Durant le premier confinement, Daphné Jardon se trouva enfermée avec comme seul matériau des cagettes de légumes, et du grillage à poules. Daphné a des poules et un potager.

Daphné considéra la cagette et eut l’illumination de se souvenir que c’était du bouleau, ou parfois, du peuplier. Bref, que c’était beau, le bois de cagette. Elle voulait rendre hommage au pangolin, pauvre victime collatérale d’un covid alors dans l’enfance. Elle fabriqua donc des écailles, car le pangolin en possède. Beaucoup. Elle sculpta sa forme et, donc, l’écailla ou le … récailla (?): non pas en les enlevant, ces écailles de bois, mais en les incrustant au contraire solidement.

Fidèle à sa propension à éclairer ses sculptures, elle fit rayonner cette forme de l’intérieur et cette bête étrange irradia la sérénité. De cette expérience naquirent différentes visions plus ou moins faciles à décoder. Des étreintes. Des tendresses. Des mains protectrices et des anges, et d’autres animaux, des mers notamment. Qui toutes sont chaleureuses comme des foyers, et en retrait comme l’amour patient et attentif d’un ange gardien.

Stéphanie Thomasson, de son côté, observait les choses de sa fenêtre, et, singulièrement, un goëland ; arrivé par les rives de Seine, il s’éleva jusqu’au 27ème étage de la Tour du 13ème où elle vit. Lumière du ciel et ailes pour de vrai. Lorsqu’une sortie fut possible, ce fut pour porter un dernier regard, dire un dernier adieu. A la maison de l’enfance, aux traces encore vivaces d’une grand-mère chérie. Partie, envolée. Deux séries, « Jonathan » et « MAdeleine » naîtront de ces deux expériences enserrées avec grâce dans le moment inédit du grand enfermement/chambardement du covid.

Delphine Courtois faisait voler son trait, s’envoler les couleurs de ses scénettes intemporelles, peuplées d’oiseaux de nuit élégants et un peu trash, traînant leur ennui étonné en faisant l’ange ou la bête.  Dans ses dessins, les êtres humains refusent de se fixer dans une époque, ils sont nostalgiques de naissance, fracassés par nature, pleins d’un secret espoir irrépressible, beau et vaguement ridicule. Ils essaient quand même, de vivre et d’éprouver ; et leur candeur déroute les sarcastiques.

Alors, pour ce début d’année, où l’on nous menace de nouveau de réduire nos libertés et de rogner nos ailes, où le fracas des « débats » masque les sentiments profonds, un peu de beauté simple, de rencontres délicates, de lumière intérieure et d’œuvres en équilibre entre le recul et l’audace, me paraissait de bon aloi, et, je l’espère, de bon augure.

BONNE ANNEE A TOUS.

Daphné Jardon est née à Paris en 1969, et vit et travaille en vallée de Chevreuse. Elle est diplômée de l’Ecole parisienne de la Haute Couture. Partie seconder son frère dans sa fonderie d’art, elle polit les bronzes des autres avant de se lancer elle-même. Si ses pièces sont souvent éclairées, c’est qu’elle aimait les beaux luminaires mais n’avait pas de moyens, donc, elle les fabriqua elle-même.

Daphné Jardon, ou la lumineuse imperfection des créatures – Galerie Cécile Dufay (galeriececiledufay.fr)

Stéphanie Thomasson est directrice artistique. Née en 1971 à Annecy, elle vit et travaille à Paris. Son regard élégant et distancé sur le monde l’a amenée à faire de la photo. « Sur nos ailes » est sa première exposition. Des années que ses amis lui enjoignaient de se lancer, pourtant. Elle est diplômée d’Académie Charpentier à Paris. Ses tirages en impression pigmentaire sur papier d’art en bambou ont été réalisés par Fred Jourda.

https://www.instagram.com/st.thomasson/

Delphine Courtois croque de son trait enlevé, dansant et ferme, deux types de scénettes : des dessins de presse, goguenards et gentiment caricaturaux, et des dessins-peintures, vernis comme des toiles, aux coloris profonds et denses, intensément nostalgiques. Tous semblent venir d’une Belle Epoque qui aurait fleureté avec l’entre-deux guerres, un peu. Entrée aux Beaux Arts de Paris, elle constate assez vite qu’elle n’y trouve pas sa place de « manuelle ». Ce qu’elle préfère, dans le fond, ce sont les cafés, les gens, dessiner « tout simplement ».

https://www.instagram.com/courtoisdelphine/

De temps en temps

Les nuages donnent un répit

Aux contempteurs de lune.

Philippe jaccottet

Mathieu Weemaels ou l’impossible matérialité du réel

Exposition du 17 novembre au 18 décembre 2021. Vernissage le samedi 20 novembre de 15 heures à 19 heures.

Mathieu Weemaels fut d’abord pastelliste. Depuis plus de 20 ans, il travaille à l’huile sur toile dans ce même esprit de pigments denses, doux, superposés et un peu flous.

Est-ce cette technique patiemment développée qui donne un sentiment d’impossibilité à saisir le réel, alors même que le peintre cherche, autour de lui, au plus proche, dans l’intimité de sa famille et de son atelier, les sujets de ses toiles ? Plus le peintre rend ce pot de fleur, cette femme, ce végétal vivant, plus il échappe à une « représentation » : contours flous, lumière un peu grise et oblique du Nord, jeux de miroirs, place laissée aux vides, aux silences, aux absences.

La peinture se détache de la matière, lui permet tout au plus d’émerger entre deux questionnements. Ce vibrato, sourd et constant, cette subtile pulsation du monde, cet œil qui cherche et comprend qu’il doit légèrement se voiler pour saisir l’essence des choses, tout cela est bouleversant dans la peinture de Mathieu Weemaels.

Mais ce saisissement du cœur se fait avec douceur et respect : la distance, toujours… La distance qui rend libre, l’acceptation de la solitude des êtres et des choses, parce que justement, c’est dans les espaces vides que peuvent pousser des liens. Ténus, comme des couleurs fragiles. Mathieu Weemaels offre au regard une peinture réservée et intense. Il a la splendeur des discrets, en somme : durable.

Car l’autre ingrédient de sa peinture est le temps. Le temps, introduit dans sa pratique par le passage du pastel (geste rapide tout en maîtrise), à l’huile – « lente dérive vers l’inconnu, vers la surprise et le mystère ».

Mathieu Weemaels, ou la peinture conçue comme un état méditatif profondément ancré à la lisière du monde…

« Mon travail pourrait se comparer d’une certaine manière à la progression d’un promeneur qui se serait perdu et qui, suivant un sentier un peu au hasard, découvrirait un monde de silence et d’apaisement profond. »

Mathieu Weemaels

Mathieu Weemaels est né en 1967. Il vit et travaille à Bruxelles. D’abord convaincu de vouloir dessiner, il s’inscrit à la célèbre école de La Cambre. Il y découvre le pastel, qui convient à son penchant intimiste. Au tournant des années 2000, il s’oriente résolument vers l’huile. Il expose principalement en France, en Belgique, en Italie, en Autriche, au Danemark.

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Taeho Choi, plongée translucide dans l’inextricable complexité des émotions

Le jeune talent coréen rend compte de l’ambigüité de nos univers intimes, indéchiffrables, falsifiés par les images, mais perçant parfois d’illuminations sidérantes la nuit du réel

TAEHO CHOI peint, à l’huile essentiellement, le trop-plein tragique et lumineux de l’esprit humain.

Taeho Choi trouve dans le noir la seule façon calme de penser et de se rencontrer lui-même. Frappé par l’invasion irrépressible de nos pensées, la tension entre l’évanescence et la virulence de nos sentiments et le caractère éphémère de nos corps, il donne forme à ce déséquilibre permanent. Couleurs vives, scènes foisonnantes accumulées en transparence, s’enchevêtrent sous son pinceau en une ronde symbolique et furieusement dynamique.

Comme Francis Bacon, il tente de structurer l’expression délirante du monde des sentiments intimes. Comme Salvador Dali, il cherche à représenter un tout cohérent recréé à partir d’éléments disparates et déformés, et donne vie à l’irréel depuis sa réalité imaginaire apprivoisée.

Ses toiles creusent en profondeur dans le tragique désespérant de nos existences jusqu’à des lumières improbables, renversant nos références du gai et du repoussant. A l’angoisse existentielle universelle, il ajoute la douleur intime d’un attachement à une Corée écartelée, dont la partition forme en lui une cicatrice qui ne guérit pas. Cette cicatrice intime qui sabre son identité se renforce avec l’exil, sur fond de modernité chatoyante et trépidante, qui, avec constance, s’applique à nous couper de nos racines.

Taeho Choi caresse cette blessure et dessine une forme de réparation universelle, une ode à nos exils intérieurs.

Taeho Choi est né à Séoul en 1988. Il est venu étudier la peinture en France, d’abord à Perpignan, par admiration pour Salvador Dali. Il est diplômé des Beaux-Arts de Versailles.

Affordable Art Fair Bruxelles : stand A0, 9 peintres maîtres de la couleur

Une sélection exigeante d’huiles sur toile permettra au public belge de découvrir un panorama condensé des artistes de la galerie.

Anne Emery, « La jeune fille à l’intrigant et son paysage », huile sur toile, 2021, 2 x 100×73 cm

La Galerie Cécile Dufay est essentiellement une galerie de peinture. Pour sa première présentation au public belge et sa première foire, il s’agissait de relever le défi de présenter un résumé visuel du talent de ses peintres. Bien sûr, ils ne sont pas tous là. En moins de 15 m2, présenter 9 peintres sera déjà une gageure. Mais quel bonheur, de confronter 9 manières d’appréhender, notamment, la couleur.

Pastels juxtaposés de Shuji Fukushima, superpositions vibrantes et charnelles d’Isabel Duperray, transparences presque translucides de Taeho Choi, dilutions en camaïeu de Noëllie Brun, profusion proche d’un émail de Marie-Jeanne Caprasse, douceur veloutée d’Anne Emery, virulence de vitrail d’Anne Guillotel, entrelacs savants et dansants de Marine Karbowski, et enfin, vibration aérienne et caressante du bruxellois Mathieu Weemaels.

Pour les amoureux de peinture, nous espérons être une source de sensations surprenantes et intenses.

Affordable Art Fair Bruxelles, du 22 au 26 septembre 2021, vernissage le 22 septembre de 18 à 22 heures sur invitation. Stand A0.

Pour vous inscrire : code vernissage G-CECIVE, code visite autres jours G-CECIPD sur le lien suivant :

Bruxelles (affordableartfair.com)

Catalogue disponible sur demande.