Hors Saison

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Trio Show Noëllie Brun, Nicolas Canu Miserey, Benoît Debordes
exposition du 13 mars au 18 avril 2026 – VERNISSAGE LE 12 MARS

« Il y a des voix qui arrêtent les paroles, qui donnent congé à tout. Congé au monde. Au monde comme un tout. Votre voix parmi toutes. Parmi aucune. Votre voix, la seule. Je n’ai pas écouté les mots que vous mettiez dessus. Que votre voix. Elle disait très bien que vous n’étiez pas dans ce monde, dans le monde, dans ces liens serrés et lâches. C’est l’évidence, c’est évident, quand bien même vous n’en seriez qu’à demi consciente, ou pas du tout. Cela n’importe pas. Il est courant de vivre ce qu’on ignore vivre, d’attendre sans savoir ce qu’on attend ».
Christian Bobin in L’Eau des Miroirs

Nous y sommes, cette saison intermédiaire où l’on est plus ou pas encore. Où des signes apparaissent fugacement. Où le retrait sur soi, la plongée en soi est le seul refuge. La stupéfaction se mue en sidération face à la folie du monde, et la nature même invite à s’en extraire.
Cette exposition en trio est une pause. Rester bouche bée devant le sentiment de justesse des ces mondes parallèles du souvenir de Noëllie Brun, de ce monde habité de folie plus ou moins douce – qui ne nie pas la réalité mais la fait voir dans sa vérité cachée – de Benoît Debordes, dans ce monde suspendu comme un mirage de Nicolas Canu Miserey. Pas d’humains mais des créatures, des hologrammes, des traces.
Quelle stupidité coupable, quel aveuglement volontaire faudrait-il pour se sentir encore faire partie du théatre d’ombres présenté comme la réalité, ou plutôt le réalisme ? Quel impossible courage, quel renoncement surhumain faudrait-il pour voir en face la grimace du réel ?

Les animaux le savent : dans les situations extrêmes, la paralysie peut devenir une échappatoire. Tourner les yeux vers les mondes alternatifs, les seuls sérieux, ceux que nous portons en nous comme des trésors enfouis : certains parviennent à en extraire la lumière pour nous apporter son reflet. Nous les appelons les artistes, ils nous permettent de respirer encore, comme l’amour, le vent ou la poésie.

Lors du vernissage, Stéphanie Cormier présentera son premier recueil publié aux Carnets du Dessert de Lune, « Corps Solide », et en donnera quelques lectures musicales.
L’art et la poésie redeviennent des armes de l’âme indispensables.

Cette exposition mène à la résistance interne par trois moyens pacifiques : la remembrance avec Noëllie Brun, qui fait du souvenir universel et simple un refuge de la beauté contre toute éloquence manipulatrice. La folie douce avec Benoît Debordes, qui donne à sentir autant qu’à voir et fait le lien avec l’expérience sensorielle immédiate, retrouvant la joie enfantine de vivre dans le monde en refusant de le comprendre, en s’abstrayant du jugement. Le retrait avec Nicolas Canu Miserey, qui ne nie pas le réel mais peint le point de jonction où il peut percuter le subjectif, mais ne le fait pas encore, un peu comme si vous pointiez votre doigt vers la surface de l’eau, en vous arrêtant juste avant de la toucher. Comme si l’imaginaire repoussait les limites du monde réel comme une onde de choc sans explosion.

Trois peintres nécessaires. Trois chemins de liberté. Et des sculptures en matières plastiques recyclées et argile de Benoît Debordes comme des bornes sur ce parcours miniature par la taille, maximal par l’expérience.

Ne vous contentez pas de likes sur Instagram ou de lire cet article, venez vivre un moment dans cette réalité alternative.

Nicolas Canu Miserey

Benoît Debordes

Noëllie Brun

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