Stéphane Dauthuille,
Isabelle Sauvageot,
Mathieu Weemaels
vernissage jeudi 9 janvier 2025
exposition du 10 janvier au 15 février 2025



Cette année, il fut difficile pour beaucoup de présenter les traditionnels voeux : le coeur n’y est pas, l’espoir non plus. Les évolutions du monde inquiètent, horrifient. La violence et la désespérance menacent partout ou presque.
Cependant la joie est également une volonté, et offrir une parenthèse de douceur, de sourire, de légèreté et de lumière est une forme de résistance saine et créatrice. Le fameux « One life » a fait long feu. Prétendre sauver sa vie dans l’oubli, la fête ou la fureur de vivre est un leurre dangereux qui n’illusionne plus personne. En revanche, se souvenir d’un ami, admirer une lumière douce qui caresse une feuille, voir la grâce qui perdure et la vie qui s’infiltre, savoir que quelques petits gestes sauvent une journée, et même parfois une vie… Préserver la pureté d’un sentiment fugace, l’illumination de l’instant.
C’est ce que certains artistes savent admirablement faire et je voulais commencer cette année par ce trio magnifique de subtilité : Isabelle Sauvageot et Stéphane Dauthuille, que je présente en galerie pour la première fois, et Mathieu Weemaels, le maître belge dont beaucoup attendaient le retour depuis son solo show à la galerie il y a deux ans.
Une manière d’introduire cette année nouvelle avec ce que je souhaite à tous : de la douceur, de la finesse et une intensité d’être au monde vraie.
Bonne et heureuse année.
Que demande-t-on d’une fleur – Sinon qu’elle soit belle et odorante une minute, pauvre fleur, et après ce sera fini. – La fleur est courte, mais la joie qu’elle a donnée une minute – N’est pas de ces choses qui ont commencement ou fin.
L’annonce faite à marie – Paul claudel

Isabelle Sauvageot est de ces artistes connus et appréciés des autres artistes, car la grâce et la sincérité de son travail, le caractère de ses compositions, l’écriture particulière à son talent la distinguent absolument.
Je l’ai rencontrée moi-même dans un salon d’artistes, au milieu de centaines d’autres oeuvres d’autres personnes plus ou moins douées : son tableau crevait l’espace. Par cette disposition particulière des discrets élégants qui dégagent un mystère légèrement mélancolique, sa nature morte grise et vert suspendait le bruit de Comparaisons et prodiguait ce capital insoupçonné du silence. Une trouée dans l’espace-temps. Je suis ressortie avec un petit format, il y a trois ans, et je me suis jurée qu’un jour je convaincrais Isabelle Sauvageot d’exposer sur mes murs grèges – la couleur la plus seyante pour ses toiles. Ce silence est étonnant pour une artiste qui vient de l’art vocal. Son regard se pose de façon libre et suspend littéralement le temps en intensifiant l’espace. Etre là, pleinement et absolument, face à une composition a priori banale, universellement vécue, et sentir que le reste n’est qu’agitation et convention. Cette peinture est une communion.

Stéphane Dauthuille est arrivé jusqu’à la Galerie via Mathieu Weemaels. Présent aux côtés de la galerie Insula depuis des années – une consoeur dont je respecte infiniment le travail – il incarne une peinture poétique plus énigmatique que narrative. Formé aux Beaux-Arts, il possède à merveille autant l’art du dessin que de la peinture, avec un côté découpé, les personnages étant comme collés sur un décor suggéré. Ses couleurs souvent pâles, fraîches, l’inscrivent dans la tradition de la grande peinture française d’un Fragonard ou d’un Poussin. Comme ces maîtres, les saynètes sont peuplées de jeunes filles, la sensualité en moins – la pureté étant aujourd’hui autrement plus subversive.
La perfection des toiles de Stéphane Dauthuille (en réalité des peintures sur papier marouflées sur medium) provient pourtant non pas du dessin à l’élégance japonisante, non pas de la palette délicieusement Française, mais du vent délicat qui agite l’équilibre dansant de ses toiles – un effet, peut-être, de son ancrage Breton ?
Une brise berce ces scènes qui ressemblent fort à des rébus, à de la peinture tendrement surréaliste. Malgré l’apparente transparence et innocence des sujets, l’espoir du peintre est de n’être surtout pas démasqué, décortiqué, compris. Chez Stéphane Dauthuille, la lumière sert aussi à se cacher.

Mathieu Weemaels impressionne par sa maîtrise absolue d’une touche infiniment subtile et caressante, à l’huile, paraissant être du pastel – technique qui fut la sienne exclusivement durant les 15 premières années de sa pratique. Découverte à la Cambre, où il étudia à Bruxelles, le pastel fit de ce peintre fils de peintre abstrait le maître du réel adouci. Mathieu Weemaels ne crée pas ses sujets, il les voit autour de lui : une carafe, une branche, une fleur séchée à l’atelier, vont lui inspirer une série complète où le sujet véritable est le temps. Ce temps qui passe et modifie toute chose, car nulle permanence n’est possible dans notre univers. Ce que nous pensons immuable ou statique bouge irrémédiablement dans la lumière, dans l’air, par un geste, un je-ne-sais-quoi imperceptible autant qu’impitoyable.
Mathieu Weemaels est un philosophe muet dont le pinceau creuse doucement notre conscience de l’immensité perdue des regards égarés sur d’autres choses que l’amour du beau et de ce qui est.
Dans un monde saturé d’images fausses, criardes, sans âme, la touche infiniment douce et les compositions sereines de Mathieu Weemaels bouleversent le coeur profondément, et reconnecte aux forces de l’esprit.






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