Isabel Duperray et la chair mouvante des paysages

La galerie Cécile Dufay met l’artiste à l’honneur lors de son exposition inaugurale. Une évidence, pour un espace délibérément petit, qui ambitionne de retisser une intimité avec les oeuvres.
Pour Isabel Duperray, grande inventrice de lieux, l’espace de la toile et celui qui l’entoure ne font qu’un, comme si l’esprit et le corps pouvaient modeler leur environnement, sans limites entre le dedans et le dehors. Comme une fusion de l’intimité libérée de l’identité, et d’une extériorité puissamment sensuelle.

Isabel Duperray dans l’objectif d’Illés Sarkantyu
  • Lieu : Galerie Cécile Dufay, 78 avenue de Suffren, grande allée n°27
  • Dates : du 19 mai au 27 juin 2021

Elle fut élevée au bord d’un lac. Le type même du paysage contemplatif. L’immobilité des eaux est propice à la rêverie et elles ont la propriété de refléter les ciels, au point de faire corps, souvent, avec eux, et de brouiller la vision des frontières. Haut ou bas ? Immobilité ou mouvement ? Et ces eaux calmes, quels sortilèges cachent-elles en leur sein ? Quelles créatures ? Sont-elles vivantes, ces eaux-miroirs du monde ? Bien sûr, elles bougent légèrement, comme un corps endormi. Alors tout le paysage alentour prend chair. Mystère de l’incarnation et du baptême, rejoué au pinceau et à l’huile.

Isabel Duperray aime les mondes flottants. Mais rien d’éthéré là-dedans. Ses paysages sont puissants comme la nature, dont la vie palpite derrière nos reconstructions paysagères, qui sont nécessairement des mensonges.

Il faudrait pour comprendre toucher ces rochers, embrasser ces arbres, caresser ce chemin de terre. Se plonger dans cette boue. Nous le savions, enfant : nous voulions voler, non pour voir, mais pour éprouver la sensation.

C’est ce voyage impossible qu’Isabel nous offre. Elle les a caressés, elle, sur la toile, ces visions d’une nature-mère prête à bouger, à faire naître, à faire mourir parfois.

Cette idée d’un corps commun, de sensations partagées avec la nature, par la nature, rend le paysage subtilement instable. Respirant. Ni bucolique ni rassurant, ni vraiment inquiétant. Trop oxygénés, nous devenons confus, c’est tout.

Isabel Duperray, née en 1966, vit et travaille entre Paris et Madrid.

L’atelier d’Isabel Duperray, octobre 2020

https://instagram.com/isabel.duperray?igshid=qt6w8mq7e1w8

« Je choisis la pauvreté de la peinture comme moyen d’expression, son rapport direct avec le corps qui la produit sans intermédiaire technologique. A cette relative simplicité, j’essaie d’opposer une complexité de lecture et d’approche, qui n’impose pas l’image comme un message ou un slogan mais comme un espace où l’on peut circuler. »

Isabel Duperray in « Champs de Bataille », Ed. Lienart, 2013,
entretien avec Antoine Réguillon

Publié par galerie cecile dufay

Un lieu intimiste, à deux pas du champ de mars à Paris. Qui ouvrira début 2021. Des artistes français dont l'atelier manifeste une belle maturité. Une sélection centrée sur les petits formats. Partenaire de la Galerie Mondapart à Boulogne (92) pour les expositions grand format.

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