L’Eté sans fin

Written in

by

Collective : Gilbert Houbre, Pascale Blaizot, Yann Kempen, Ruta Jusionyte, Tayeb Belbachir

Plus de deux ans que la Galerie attend d’accueillir le travail de Gilbert Houbre et notamment ses gouaches saturées de couleurs, pigments, scènes entremêlées, allusions et tensions subtiles.
Peintre, illustrateur notamment chez Gallimard, professeur à l’Ecole Emile-Cohl à Lyon et graveur de renom, Gilbert Houbre a mené plusieurs vies en parallèle. Aujourd’hui entièrement consacré à son art, il expose avec régularité, notamment à Lyon et en Bourgogne, où il vit, et à présent à la Galerie Cécile Dufay à Paris.
Il vient notamment de terminer une série de 100 gouaches format A3, témoignage de la scénarisation contemporaine de la guerre, entre zapping, saturation, sidération, manipulation et entremêlement absurde avec le trop-plein d’images sans fin de notre monde désaccordé.

Un témoignage poignant, entre beauté vénéneuse des couleurs et des formes, rythme saccadé et scènes incompréhensibles, juste approchées, à peine lues et déjà effacées. Un témoignage essentiel dans ce monde qui refuse à la fois la force symbolique puissante de la Beauté libre et la laideur absolue et repoussante de la Vérité.

Manière indispensable de cesser de se sentir impuissant face à la terreur psychologique généralisée, pour se réapproprier notre capacité à approcher les images avec distance, à tisser un lien avec le réel qui passe par une sensibilité créatrice plutôt que par le trauma ou l’affect personnel hors-sujet.

L’artiste est porteur de notre lien avec le monde. Dont acte.

Pascale Blaizot, elle aussi, oscille dans son art entre mise en scène de la solitude contemporaine et attraction-répulsion des scènes de guerre, ou de la guérilla contemporaine que sont les soulèvement urbains et autres manifestations ou attentats plus ou moins violents qui émaillent à présent notre réalité.

Pascale Blaizot est de cette génération devenue adulte avec la guerre du Golfe, guerre de la société du spectacle, érigée en opéra lointain, suivie en permanence de nouveaux embrasements. Une génération qui a vu le feu monter et prendre place dans sa vie de fête au-dessus du volcan. La terreur à portée de métro, la guerre en continu sur les écrans, la progressive montée des dangers dont les victimes viennent s’échouer sur les plages, les parkings, sans que jamais le rideau ne soit tiré par les ordonnateurs.

Alors elle fait comme beaucoup. Elle ferme le robinet des images et s’envole dans un imaginaire de douceur, sur les cendres. Grands fusains, envols, créatures angéliques reprenant contact avec la caresse du monde, les chats, le corps qui danse, joue, s’ébroue et appelle à l’aide la tendresse de l’Univers. Elle montre une autre voie : sortir de la sidération des esprits et de la soumission des corps. En regardant ailleurs, tout simplement.

Cette indication salvatrice des joies de l’incarnation se
présente en pleine gloire dans les vanités de Yann Kempen.

Yann Kempen est une rencontre du début des années 2000. Peintre hors-pair, il semble brosser de patientes huiles sur bois, en réalité des acryliques sur papier marouflé réalisées avec maestria dans un geste rapide et sûr. Depuis toujours je lui connais son « Journal du Jour », une discipline de peintre, une peinture de nature morte qui égrène sa vie. Il fit des Mangas érotiques des icônes d’aujourd’hui : fond or dense, matiéré, craquelé, couleurs éclatantes, poses hiératiques, fascination du regard. Et reprend depuis quelques mois le sujet de la vanité au travers d’une série de Portraits de Fleurs follement « vraies », dont les pétales soyeux appellent la caresse, qui fanent avec gloire et dans les soies douces des appétits assumés, qui célèbrent la vie et la sève avec gravité. Chez lui, la sensualité est philosophique. Toujours.

Pour accompagner cette exposition, deux sculpteurs se côtoient. Ruta Jusionyte et ses créatures animales antropomorphes (ici des éléphants) accompagnant de frêles et indomptables jeunes femmes blondes, rendues à leur animalité, échappées du piège de l’éther des désirs interdits. Ruta Jusionyte glorifie la part animale comme porte de sortie de notre monde devenu impossible à vivre.


Tayeb Belbachir revient avec ses armées de beautés stylisées, Ménines impériales, triomphantes aux longues jambes qui portent la culotte, boussoles secrètes et dansantes, ondulant au rythme des nervures de ses bois de jardin précieux, aux essences rares et menacées par le réchauffement climatique, l’impatience des hommes et le mauvais goût insidieux qui détruit les patients jardins d’autrefois. Certaines de ces dames sont devenues imposantes, atteignent presque la taille humaine. Taillées dans le chêne, elles assument leurs formes suggestives et stylisées, attendent patiemment les hommages, figures éternelles du salut par la chair, hélas, si fugace.

exposition du 19 juin au 18 juillet 2025
VernISSAGE LE SAMEDI 21 JUIN 18h-21h

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Galerie Cécile Dufay

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture