Nos saisons sur la Terre

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Du 17 au 20 octobre, un voyage initiatique en 36 étapes, présenté stand A12 par la Galerie Cécile Dufay

Dalila Alaoui est née à Casablanca. Elle porte le nom illustre d’une des plus grandes dynasties du Royaume du Maroc. Après une enfance et une adolescence marocaines, elle entre aux Beaux-Arts et part vivre à Paris. Arrive dans la grisaille et le froid de la rue Beethoven. Le medium du papier devient rapidement son univers d’expression.
Elle y couche ses souvenirs de la chaleur du Maroc, les impressions fortes de sa Marocanité. S’interroge sur sa double identité – sa mère est Française. Obtient le prix de l’Académie des Beaux-Arts, Pierre David Weill.
L’ensemble de sa recherche, élégante et douce, qui pousse l’analyse sensible jusqu’à la corde raide, explore de façon poétique et puissamment charnelle les liens aux origines, interroge les manques d’un héritage. Elle EST Marocaine. Et pourtant élevée loin des traditions.
Elle en fait son sujet : elle est passée du Maroc à Paris, ne vit pas l’expérience du mariage pourtant sacralisée par la tradition, fait un enfant hors mariage, éprouve dans sa chair et sa vie la puissance positive et négative des liens familiaux.
Se vit comme une « passeuse » analphabète : elle doit peindre les liens d’âme, de lignée, de vie. Les liens familiaux, et singulièrement le rituel du mariage oriental, la passionnent au point de devenir son unique sujet. Elle intègre la parole des femmes dans ce sujet, se plaçant encore en apprenante : elle ne connait pas les rituels, très peu sa langue paternelle, peu sa religion.
Elle met au jour le vécu des mariées récentes ou vieillies via le dialogue, le témoignage et le dessin – de ce qui aurait du ou pu être sa tradition. Elle apprend d’elles les mots, les expériences, les usages, les évolutions des pratiques, les joies, les mystères et les traumas. Le rire et les larmes. Le voilement et le dévoilement.
Elle ne parle pas la langue de son père, ni réelle ni symbolique : elle l’apprend de la bouche des femmes, au Maroc, en France, à Trappes. Son travail est une généalogie mouvante et collective.
Elle entre en résidence dans son pays, expose ici et là-bas, au Musée des Confluences, à l’Institut du Monde Arabe, au Musée Mohammed VI à Rabat.
Les notions de voilement-dévoilement, de Marocanité-Francité, de défloration-floraison, de mort et de vie imprègnent son oeuvre comme ses papiers.
Technique mixte mille fois reprise, en couches multiples, qui se mélangent, se diluent, se brouillent ou se révèlent. Papiers tellement imprégnés qu’il faut les mettre sous presse, avant de les reprendre jusqu’à trouver la juste frontière, le subtil équilibre entre ce qui est dit et ce qui est caché.
Travail en séries, toujours. Prendre le temps de pallier à l’absence des mots, au manque fondateur de la langue du Père, pour transmettre avec les couleurs, le liquide de vie, quelques traits précis, perçants, puissants et doux comme la note pincée d’un instrument à cordes.
Comme le Livre Sacré, comme la musique orientale, comme l’univers complexe des maisons et des villes marocaines, qui conduisent et perdent, qui cachent et protègent, emmener le regardeur en le perdant, orienter son regard, le conduire dans l’imaginaire, éviter la brutalité du réel, en une forme de narration qui avance en spirales entremêlées, en subtils décalages, en fausses répétitions, utilisant le matériau du passé pour constamment le réinterpréter, dans un continuum changeant, un vertige qui monte plus qu’il ne descend.
Dans la pratique de Dalila Alaoui, la vérité se cache, elle se cherche, elle se laisse deviner, elle se voile, elle s’éclaire, elle est couleurs, caresse, effleurement, saignement et écoulement. Il n’y a pas de vérité nue.

En 2020, Dalila Alaoui part en résidence sur l’Ile de la Réunion. Deux années d’éloignement, qui permettent une plongée plus vive et plus universelle dans les rites de passage. Des rituels orientaux, Dalila Alaoui passe aux rites universels liés aux grandes étapes de vie. La lignée féminine devient structurante. La chair, la naissance, la mort, la renaissance, la vie; les liens et la lignée petite-fille, fille, mère. Grand-mère.
Nature de cet Eden sublime et inquiétant; nature de cette Mère vieillissante dont l’effacement est impossible, nature de cette Mer qui enserre, protège, nourrit, noie, colore, sépare et relie.
Dalila Alaoui produit une série immense à son retour, comptant plus d’une cinquantaine d’oeuvres, une série toujours pas terminée. Les carnets se sont accumulés. Le récit continue. Le récit sans mots qui n’aura pas de fin.

C’est cette série qui sera présentée dans sa densité sur le stand A12 de la galerie Cécile Dufay durant la 9ème édition de ALSO KNOWN AS AFRICA au Carreau du Temple à Paris. Cette édition fait une place centrale au lien existant entre les artistes Africains et Afro-descendants et les Outre-Mers.
36 pièces en 34 formats raisin de la série NOS SAISONS SUR LA TERRE de Dalila Alaoui, plus un petit format initiatique, plus ancien, formant une narration qui se clôt faussement sur un voile peint. Comme souvent chez Dalila Alaoui, le voile est là, indispensable, pour révéler ou protéger ce qui doit l’être : porte légère, frontière imaginaire et transgressive, protection réelle et signe d’appartenance.

Bienvenue dans ce monde, offert aux regards et à l’imaginaire entre le 17 et le 20 octobre 2024.

Quelques oeuvres présentées au Salon – pour l’essentiel, technique mixte sur papier format Raisin, 2022-2023 :

Dalila ALAOUI, Galerie Cécile Dufay, NOS SAISONS SUR LA TERRE, AKAA PARIS, 2024, stand A12, du 17 au 20 octobre. Première allée à droite.

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