Duo Show Erik Rivera + Marie Michelle Le Millier
Du 12 septembre au 5 octobre 2024

Erik Rivera est mexicain, oui, comme Diego.
Fasciné par la part d’enfance qui reste présente en chacun de nous, il la met en exergue en représentant (à l’huile sur toile) ses modèles adultes avec des yeux démesurés, un corps menu supportant une grosse tête, des mains petites. Les yeux sont les seules parties du corps qui ne grandissent pas durant la croissance. Nous avons donc les mêmes yeux que tout petits. La différence, c’est que les yeux immenses d’Erik Rivera, plus connu sous le nom d’ »El Nino Terrible », n’ont pas perdu leur âme d’enfant, étonnée, vaguement lasse, innocente mais a-morale. Ces yeux même créent un pont entre les « grandes figures » représentées, qu’il s’agisse d’un ancien Dieu du Mexique, d’un Jésus, d’une Madonna, de Napoléon, Van Gogh ou d’un Trans célèbre, car Erik est une figure lui-même de l’art contemporain au Mexique autant que de la scène LGBTQIA+.
La dernière fois qu’Erik Rivera fut présenté à Paris, c’était rue de Lille, dans une galerie tenue par Cécile Dufay et Liliane Richard. 2008. Une toile immense, représentant la Scène. Jésus était accompagné de ses disciples aux grands yeux, dans ce dernier partage.
Ce retour à Paris, chez Cécile Dufay, est donc une joie particulière ; et c’est fierté que j’accueille, cette fois, des divinités mexicaines revisitées. Toujours aussi émouvantes, très fouillées d’un point de vue pictural, une touche précise et une atmosphère de douceur sexy. What else ?

Marie Michelle Le Millier est une découverte plus récente. Elle peint à grands traits enlevés, à l’huile elle aussi, des femmes à l’étroit dans leur corps, sur la toile, dans leur rôle. Des femmes puissantes dont la physionomie sculpturale présente aussi bien de généreuses formes, de longs cils, que des mains et des pieds forts, signe de leur insoumission. De leur dangerosité potentielle. Diane au bain n’est jamais loin, et Actéon n’a qu’à bien se tenir. Sa palette est explosive et pastel à la fois : là encore la douceur et la force s’allient étroitement. Son univers coloré , sa manière qui insiste sur le trait plutôt que sur la touche, sont des interrogations sur les « types » racisés supposés. Tu me vois colorée ? Noire ? Ah bon. Si déjà tu me regardais ? Ses modèles semblent pris par surprise. Souvent, loin de poser, ils évitent le regard. Comme une aspiration à la rencontre sans a priori, sans cases préformatées, sans regard biaisé.
J’aime ces déesses qui semblent indiquer un paradis futur, se construisant, petit à petit, hors des normes hiérarchisées. Chez Marie Michelle Le Millier, le paradis est devant, pas derrière, et ça change tout. De l’air, de la beauté, des corps somptueux et assumés. Bonne rentrée !
Ps : Impossible de m’empêcher d’introduire dans cette exposition quelques bustes du sculpteur togolais Atisso Goha. Pin Douglas, Chêne peint, un peu d’acrylique, quelques matériaux de récup, et beaucoup de talent.




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